Europe en Vrai

L'Europe en débat, l'Europe en marche. Talking Europe keep it on.

samedi 9 août 2008

Un autre dictateur aux JO



La cérémonie d'ouverture des JO de Pékin était un régal pour les yeux. Moins pour les consciences. Ca m'a fait tout drôle de voir le dictateur biélorusse Lukashenko, en tribune officielle, se levant pour saluer sa délégation, sans aucun commentaire des journalistes (rien sur Canal +, rien sur France 2 et toujours rien sur Eurosport...). C'est un peu naïf de ma part d'attendre de journalistes sportifs des commentaires sur la dictature biélorusse, mais ça ne fait que renforcer ma conviction de militant : il faut continuer d'informer l'opinion, toutes les opinions, sur la dernière dictature européenne.

Rendez-vous le 13 Avril 2008 avec les Jeunes Européens Bordeaux pour notre action de soutien au peuple de Biélorussie !

vendredi 4 juillet 2008

Vive le "non" irlandais ?

Nous sommes doublement dans l’embarras, nous qui sommes à la fois français et pro- européens, pour commenter la décision souveraine du peuple irlandais qui a rejeté par referendum le traité de Lisbonne. Comment arriver à être crédible alors que le traité aujourd’hui rejeté est le résultat des décisions souveraines de deux peuples européens, dont le nôtre ?

L’Irlande n’est pas la France, comme la France n’est pas les Pays-Bas, et il va de soi que les trois votes ont des différences liées au contexte national, aux attentes de chaque peuple. En revanche, ce qu’il y a de commun dans ces trois consultations électorales, c’est la très forte diversité des camps du « non » en Irlande, aux Pays-Bas et en France. Les opposants aux deux versions du traité se positionnent sur le spectre politique de l’extrême-gauche (notion qui n’a d’ailleurs pas la même pertinence en Irlande et en France) à l’extrême-droite, en passant par les principales forces politiques nationales, présentes au niveau européen dans les Parti Populaire Européen (PPE, centre droit) et Parti Socialiste Européen (PSE, sociaux-démocrates).

Tout bon européen convaincu peut remarquer qu’irlandais, hollandais et français, de part la composition hétérogène de leur « Non », sont Unis Dans leur Diversité !

S’il est raisonnable de juger que nos dirigeants nationaux sont, au mieux, peu mobilisés sur les enjeux politiques européens, un optimisme modéré peut être entretenu quant à l’émergence d’une conscience européenne au sein des opinions publiques. Il est vrai que deux concepts aussi flous que « conscience européenne » et « opinion publique », même additionnés, ne présagent pas la création fulgurante d’un espace public européen. Mais tout de même, de plus en plus de problèmes identiques se posent aujourd’hui dans tous les pays de l’Union (et au-delà), à commencer par la hausse du prix de l’essence ou des produits de consommation courante (pain, lait…), Toutes ces questions soulèvent des inquiétudes et appellent des réponses dont les populations savent bien qu’elles dépassent le cadre de l’Etat-nation, et doivent être prises à l’échelle de l’Europe.

Ce n’est pas par ce que le prix du baril monte que les irlandais ont voté « non » au Traité de Lisbonne et l’inverse est encore moins vrai. Mais il y a bien un lien entre les deux phénomènes. Dans les deux cas, des enjeux deviennent des enjeux européens ; dans les deux cas, un débat public portant sur les mêmes sujets se développe au même moment au sein des pays d’une même Union continentale.

Alors certainement, le referendum irlandais est un contretemps de plus dans la construction d’institutions plus efficaces, plus démocratiques. Certainement, il traduit un écart qui se creuse entre les élites et la population. Mais à côté des institutions communautaires opaques et des dirigeants nationaux absents du débat européen, les populations européennes partagent un nombre croissant de préoccupations, portent de plus en plus d’enjeux communs, échangent tous les jours plus d’informations et s’engagent dans l’action. Le « non » irlandais replonge dans la crise l’Europe des institutions ; mais toutes les autres Europe continuent d’avancer.

Bodum

lundi 21 janvier 2008

Quotas, immigration et démocratie...

A l'heure où partout en Europe revient le thème des quotas d'immigrés, ou pour reprendre la rhétorique de N. Sarkozy "l'immigration choisie", Brice Hortefeux, le ministre de l’immigration et de l’identité nationale, a annoncé dimanche soir dernier la création d’ici à la fin du mois d’une commission chargée de réfléchir sur « le cadre constitutionnel de la nouvelle politique d’immigration ». C’est à dire principalement sur l’établissement de quotas d’immigration qui seraient votés chaque année par le Parlement en fonction des besoins démographiques et économiques, comme cela avait été promis pendant la campagne présidentielle.

Cette politique des quotas suscite une polémique assez vive au sein de la classe politique. Le Parti Socialiste a réagi en parlant de politique xénophobe, de dérive (cf. communiqué de presse du PS). Cette polémique s’explique par deux facteurs. Tout d’abord, la politique d’immigration a toujours été un enjeu de clivage de valeurs. En plus de ça, la personnalité même de M. Hortefeux et le contexte de la création de son ministère font que le débat aujourd’hui est encore plus passionnel.

Dans le cadre assez large, et déjà controversé, des politiques d’immigration, la question des quotas fait autant parler parce qu’elle est contraire à un principe constitutionnel fondamental, celui de l’égalité des citoyens devant la loi (art. 1 de la constitution de 1958).

Ce principe a été réaffirmé dans les décisions du Conseil Constitutionnel et notamment dans une décision du 13 Août 1993 qui portait déjà sur une loi relative à la maîtrise de l’immigration. Le Conseil Constitutionnel avait alors déclaré que « si le législateur peut prendre à l'égard des étrangers des dispositions spécifiques, il lui appartient de respecter les libertés et droits fondamentaux de valeur constitutionnelle reconnus à tous ceux qui résident sur le territoire de la République ».

Alors dans le projet de M. Hortefeux, il y a le débat sur le fond du problème, la politique d’immigration l’on souhaite pour la France. Malgré que ce soit un enjeu politique majeur, ce n’est pas ce débat-là qui m'intéresse aujourd’hui.

En revanche, ce qui pose problème dans la démarche de M. Hortefeux, c’est la façon de procéder. A quoi sert une constitution si on la modifie à chaque fois qu’elle va contre l’esprit d’une politique ? La constitution c’est les fondations, c’est le cadre, et elle doit incarner une certaine stabilité du système politique.
Et le deuxième problème dans la démarche du ministre, c’est qu’en créant une commission, on contourne le Parlement, donc nécessairement l’opposition. Et c’est d’autant plus dommageable,pour le respect de la démocratie, que ça se produise sur un sujet aussi controversé. Parce qu’on substitue en fait à la représentation nationale, un groupe d’experts dont la compétence est certainement avérée, mais dont la légitimité démocratique est…nulle ?

Alors on peut débattre de la nécessité de penser une nouvelle politique d’immigration, mais justement, il faut en débattre. Et le résultat de l’élection présidentielle ne permet pas de procéder n’importe comment et de s’arranger avec les textes et les députés comme le fait M. Hortefeux.

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samedi 29 décembre 2007

Slovénie : Madame la Présidente.

Douze mois après avoir été le premier des nouveaux entrants dans l'UE à passer à l'euro, la Slovénie entamera le 1ier Janvier 2007 ses six mois de présidence du Conseil Européen, l'organe politique qui réunit les chefs d'Etats et de gouvernement des 27 membres et qui définit les axes prioritaires de l'action communautaire. La Slovénie est un petit pays de deux millions d'habitants, la plus avancée des anciennes républiques yougoslaves. Son économie est florissante, comme en témoignent l'adoption de l'euro et le taux de croissance du PIB qui se situe autour de 6%. Autant dire que la transition vers l'économie de marché est un succès, qui par ailleurs ne souffre pas de scandales liés aux privatisations sauvages ou à la corruption qui gangrène les Etats slaves du Sud (Serbie, Albanie, Montenegro...).

Pour autant, la Slovénie n'est pas une puissance politique et diplomatique de stature internationale, et ne cherche pas à la devenir. Cette attitude est parfois à la limite du complexe d'infériorité. Une partie de la presse et des intellectuels du pays redoutent en effet que la présidence de l'UE tourne au fiasco par manque d'expérience ou incapacité. La population Slovène a parfois l'impression, comme pour l'adoption de l'euro, que les dirigeants courent un peu vite vers l'Europe, confondant rattrapage et pédagogie. Les Slovènes ne sont pas eurosceptiques, mais restent beaucoup plus timides que leurs dirigeants vis à vis de la Grande Europe.

Pourtant l'agenda de la présidence de l'Union semble amener au moins un très grand défi pour ce petit pays. Le Kosovo prépare son indépendance, soulevant le spectre de 1999 et l'impuissance de l'Union face aux massacres et aux déplacements de population. La Slovénie est dans une position difficile. Les grandes puissances européennes comptent sur sa position stratégique dans la région, ses liens culturels, linguistiques, historiques avec le voisin Serbe pour adoucir les conséquences d'une indépendance qui ne fais plus aucun doute. Mais la crédibilité de Ljubljana dans la région est en jeu. Les anciennes républiques yougoslaves ont toujours jalousé le voisin Slovène pour avoir précipité l'implosion de l'Etat et qui plus est sans en avoir subi trop durement les conséquences. Depuis lors, les dirigeants Slovènes se gardent bien de positions tranchées en faveur de l'une ou l'autre des parties en litiges dans les Balkans, qu'il s'agisse de problèmes territoriaux (et ils ne manquent pas, notamment avec la Croatie) ou liés au traitement des minorités ethniques ou religieuses. La ligne de conduite est davantage celle d'un arbitre, qui tente d'asseoir sa légitimité dans le temps.

Si la plus grande prudence est de rigueur quant au bon ou mauvais déroulement de ces six mois de présidence, deux éléments autorisent un optimisme raisonnable. Tout d'abord, la Slovénie a déjà engagé des actions symboliquement fortes en participant, entre autre, à la force de maintien de la paix de l'OTAN au Kosovo (la KFOR), et ce sans perdre du côté des Etats balkaniques la crédibilité gagnée du côté des Etats d'Europe occidentale. Par ailleurs, sans amputer la place prépondérante des rapports inter-individuels dans les négociations, et donc du rôle à tenir par les Slovènes, ils ne seront bien sur pas seuls et le défi est lancé bien plus à l'Union Européenne, à sa capacité et à sa volonté à agir et réussir.

La construction politique la plus ambitieuse au monde, l'Europe, doit édifier une politique étrangère stable et crédible. C'est encore des Balkans que vient le grand test. L'Histoire se répète, non ?

jeudi 27 décembre 2007

L'effet de cliquet...en vrai

Que vous soyez un fédéraliste fanatique (si si, ça existe) ou un souveraino-nationaliste, vous avez forcément noté dans l’actualité que l’espace Schengen s’est agrandi. Mis en place en 1985, l’espace Schengen est la réalisation de l’idée qui veut que l’Europe appartienne aux Européens et qu’il est par conséquent normal que ces derniers puissent la parcourir de long en large, voir en travers (grâce au fonds de désenclavement) et ce sans passeport. Les mauvaises langues et les anglo-saxons ajouteront que Schengen c’est aussi et surtout la libre-circulation des marchandises, ou comme l’a si bien dit un citoyen rencontré lors d’une action menée avec les Jeunes Européens Bordeaux, « le libre-échangisme »…belle formule dont le Très-Haut commissaire à la communication de Bruxelles (quoi, ça n’existe pas ?) ferait bien de s’inspirer.

Bref Schengen c’est une révolution au jour le jour pour les centaines de milliers de citoyens de l’Union qui vivent dans les zones frontières entre Etats membres, et c’est aussi une chance pour tous les autres. Le territoire européen s’unifie et les Européens se l’approprient petit à petit, c’est-à-dire à la vitesse maximale autorisée.

Balayons d’un revers d’argument toutes les peurs qui fleurissent dans notre grand pays des droits de l’homme. Le plombier polonais n’a pas favorisé la spéculation sur le marché du tuyau, pas plus que le carreleur portugais n’avait lancé d’OPA hostile sur la faïence de Gien. Balayons les peurs et soyons fiers car au moment où les Etats-Unis ne trouvent rien de mieux à faire que de construire un mur cerni de miradors le long de la frontière mexicaine pour lutter contre l’immigration clandestine (Secure Fence Act), nous autres arrivons à faire sortir un peu de rêve européen et d’humanisme d’un Traité multilatéral…ou quand le technocrate se fait poète…

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