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mardi 21 novembre 2006

Erasmus et Etranger

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A chaque étudiant Erasmus sa façon de vivre son séjour. On peut choisir la voie studieuse, la tournée des bars ou encore l’option « Routard » autour de sa ville d’accueil. Dans tous les cas, cette année laisse une trace indélébile dans le parcours universitaire et dans la vie des étudiants qui ont fait le choix de l’expatriation.

Au départ les motivations sont de nature formelle : approfondissement du niveau de langue, donner une touche internationale à son CV, enrichir son cursus en suivant des cours qui n’existent pas forcément dans son université ou son école. La majorité des postulants ont bien sur en tête l’idée de voir du pays, de découvrir une culture, de faire des rencontres, sans trop prendre conscience de ce que tout cela représente.

Au regard des récits d’Erasmus revenus dans leur pays, et également vu de l’intérieur, il apparaît clair que l’on apprend au moins autant en dehors des amphithéâtres. L’intensité, l’effervescence et la diversité de la vie sociale est difficilement comparable avec une année universitaire traditionnelle. A Ljubljana, là où je vis Erasmus en direct, au quotidien, toute l’Europe se rencontre. Portugais, espagnols, italiens, grecs, français déclinent toutes les nuances des mots méditerranée et latin. Slovènes, tchèques, slovaques et polonais révèlent la complexe signification du mot slave. Finlandais, suédois, norvégien interprètent à tour de rôle le mot scandinave. Et tous ensembles nous nous attelons à ériger notre définition du mot Europe.

Le contact de cette multitude d’appartenances, d’identités, de nations percute notre conception de l’étranger. Qu’est-ce que ça veut dire être étranger ? Est-ce que je me sens étranger en Slovénie ? Est-ce que je me sens encore étranger lorsque j’ai autour de moi un habitant de Ljubljana, un d’Helsinki et un autre de Lisbonne ?

Alors même que tous les évènements prennent leur place et construisent un environnement familier, la fin du semestre arrive déjà avec en perspective le retour des vacances de Noël. Attendu avec impatience, mon arrivée en France me laisse cependant perplexe. Je ne sais presque plus à quoi m’attendre. De quel côté du trajet Paris / Ljubljana se trouve mon pays étranger ?

Chaque discussion avec un étudiant d’une autre nationalité que la mienne m’apprends un trait de caractère de celui-ci, de son pays, de sa ville. Ca renforce parfois mes a priori, ça balaye souvent beaucoup de clichés. Depuis Montaigne au moins l’on est censé savoir qu’en voyageant on se découvre. Et de tous ces récits de vie, on en préfère, on en envie aussi. On se construit par ces affinités et l’on se sent, parfois, un peu moins français qu’au début.
Cela nous renvoie constamment à notre société d’origine, à ses avantages et à ses défauts surtout. Il n’y a plus qu’une réalité, et celle qui était ancrée dans notre esprit est mise en perspective des autres. On la juge, on l’étalonne, on la compare, on la critique.

Le résultat de cet apprentissage est une déconstruction de la frontière, acquise par le temps et l’habitude, entre le Nous et l’étranger. Le lent évanouissement des barrières mentales et l’ouverture d’esprit qui en jaillit. Alors que les chercheurs en sciences sociales débâtent de l’existence d’une identité européenne, nous, Erasmus, nous prouvons qu’elle est là, partout, et nous la pratiquons déjà.

Bodum
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1 commentaires:

Bodum a dit…

So many ways to live in Erasmus ! Some will chose the studious one, others would rather visit every single bar, while the lasts are travelling around. And no matter the way you chose, this experience remains cardinal in the studies and even in the life of those who have been part of it.

Before the departure, the motives are quite formal : to improve the language skills, to attend to courses that do not exist in the sending institution, or implementing the CV with an international touch. Most of the applying students also have in mind the opportunity of discovering an other country and culture, without knowing exactly what it implies.

According to the story of former Erasmus student, and as seen from inside, it is obvious that you will miss half of the point by sticking to the classroom. The intensity, the diversity and the agitation of the social life has no equivalent with a regular academic year. In Ljubljana, where I spend my Erasmus journey, the whole Europe is meeting. Portuguese, Italian, Spanish, French and Greek spread all the shades of the words Mediterranean and Latin. Slovenian, Czech, Slovak, Polish reveal the complex meaning of the word Slavic. Finnish, Swedish and Norwegian teach us their view on the word Scandinavian. And altogether we try to raise a definition of the word Europe.

Being in touch with these numerous nations, identities, belongings, strike our conception of foreigner. What does foreigner mean ? I am a foreigner here in Slovenia ? I am a foreigner as well when I am speaking with a citizen of Helsinki, Ljubljana or Lisbon ?

Meanwhile all those events take place to build a familiar surrounding, the end of the semester is approaching, which implies the return to France for the Christmas holydays. Highly excepted, my return let me puzzled. On which side of the flight Ljubljana / Paris is the foreign country ?

Every discussion with a student from a different nationality teaches me an aspect of his/her city, of the country. Sometimes it reinforces some clichés, most often it destroys prejudices. At least since Montaigne, we are supposed to know that it is by travelling that we get to learn of ourselves. And from all we learn from other countries, there are some customs, some habits we prefer ; some which suit us. We build our personality through this. And it happens, sometimes, that it makes me feel less French. There is no more a single reality : there are plenty. We put our own into perspective, we criticize it, we judge it, we compare it.

The result of this learning process is the deconstruction of the distinction, made by daily life, between Us and The Foreigner ; The slowly vanishing mental barriers and the open mind that comes out. While the social-sciences researchers discuss about the existence of a European identity, we, Erasmus people, we prove it exists 'cause we already practice this identity, everyday, everywhere.

translated by Bodum