Ce n’est pas une première, mais les slovènes sont très attachés à leur monnaie nationale, le Tolar[1], non pas parce qu’il offre de nombreuses possibilités de jeux de mots mais parce qu’il est étroitement lié à leur identité. C’est d’abord l’un des symboles de la très récente indépendance acquise en 1991 par sécession vis à vis de la Yougoslavie, qui crée le premier Etat slovène de l’Histoire[2]. Mais c’est aussi dans le rapport à l’objet lui-même que le Tolar s’intègre fortement à l’imaginaire collectif national. Pour saisir ce point, quelques précisions techniques : 1 Euro = 239,640 Tolars[3]. Les pièces sont assez peu utilisées et on a donc quotidiennement en main les billets de 500 et plus que tout ceux de 1000 SIT :

Seuls les rares personnes déjà familières de l’histoire slovène reconnaîtront France Prešeren[4], poète romantique ayant vécu entre 1800 et 1849. Si l’un de ses textes est devenu l’hymne national c’est bien l’ensemble son œuvre qui est un pilier, non seulement de la littérature, mais de la langue et par là de toute la culture slovène. Sa statue de bronze trône sur la place centrale de Ljubljana…la Place Prešeren.
L’exemple du billet de 1000 SIT se décline et en langage mathématique, on dira que l’importance du personnage est proportionnelle à la fréquence d’utilisation du billet sur lequel il est présent. A chaque imprimé sa figure majeure de la nation slovène. Et la taille des billets est suffisante pour faire apparaître un portrait fidèle. Bref, le porte-monnaie du slovène est un peu son livre d’Histoire.
Evidemment, leurs euros reproduiront au dos les mêmes personnages et symboles. Prešeren sera ainsi au dos de la pièce de 2€ (pour les curieux ou les numismates, voici à quoi ressembleront les euros slovènes : http://www.bsi.si/en/economic-and-monetary-union.asp?MapaId=926). Malgré tout il est fort probable que le rapport du citoyen à sa monnaie change considérablement. L’objet, sa forme, sa valeur sera tout nouveau et la relation, symbolique et empirique, sera à reconstruire. Et puis bien sur, l’euro slovène sera mélangé aux euros d’autres pays : c’est la fin d’une relation exclusive entre la nation, son identité et sa monnaie.
Tout cela explique en grande partie ce petit pincement au cœur qu’ont les slovènes quand ils pensent à l’euro aujourd’hui, à une vingtaine de jours de son arrivée. Pas d’euphorie particulière à l’idée de dire au revoir au Tolar. A l’inverse, c’est plutôt un sentiment de nostalgie qui se développe vis à vis de leur monnaie, comme si elle avait déjà disparue.
Tout ça doit rappeler quelques souvenirs à ceux qui ont vécu le passage à l’euro dans leur pays respectifs. En effet rien de bien nouveau : les mêmes caractéristiques, avec une intensité différente, pour le même phénomène.
[1] Abréviation : SIT
[2] La région ayant toujours été sous diverses dominations, Empire Austro-Hongrois et Napoléonien, occupation Italo-Nazie pendant la deuxième guerre mondiale, Yougoslavie.
[3]Taux de change fixe jusqu’au passage à l’Euro ; 1000 SIT ~4€ ; 5000 SIT ~20€
[4] http://fr.wikipedia.org/wiki/France_Preseren
[2] La région ayant toujours été sous diverses dominations, Empire Austro-Hongrois et Napoléonien, occupation Italo-Nazie pendant la deuxième guerre mondiale, Yougoslavie.
[3]Taux de change fixe jusqu’au passage à l’Euro ; 1000 SIT ~4€ ; 5000 SIT ~20€
[4] http://fr.wikipedia.org/wiki/France_Preseren
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