Soirée pour les 20 ans d'Erasmus, au K4, une boîte de nuit de Ljubljana, Slovénie
Erasmus a 20 ans cette année, comme moi. Nous avons d'ailleurs fêté notre anniversaire ensemble ! Erasmus c'est l'Europe en vrai, pour plein de raisons, et tout d'abord parce que c'est l'Europe imparfaite. Je suis comblé par mon séjour Erasmus, mais ce programme au potentiel fantastique reste à parfaire en de nombreux points. Ce serait ennuyeux pour moi de poster un article à la gloire d'Erasmus : bien sur je me suis éclaté, évidemment j'ai beaucoup appris, voyagé, j'y ai fait des rencontres fortes et intimes, et d'autres plus superficielles mais toujours enrichissantes. Toutefois, il est, je pense, plus constructif de parler de ce qui devrait être amélioré. Et puis il faut bien assumer un des clichés qui nous colle à la peau : les français ne sont jamais contents !
Le grand point noir du programme Erasmus, paradoxalement, c'est le communautarisme. Les étudiants Erasmus forment une véritable communauté dans leur ville ou leur campus d'accueil. Leur origine européenne, intra-l'UE mais pas seulement (Suisse, Turquie, Norvège), est un premier facteur de rapprochement. Le problème de la langue est vite résolu au sein de la communauté : l'anglais est
Pour ce qui est des cours, il faut faire la distinction entre deux types de séjour Erasmus : ceux dans lesquels les cours sont donnés dans la langue du pays (le cas en général en Allemagne, en Espagne, en France, en Italie et en Angleterre) et les autres, où les cours sont dans l'immense majorité des cas dispensés en langue anglaise (pays d'Europe Centrale et Orientale, pays d'Europe du Nord). Dans les premiers, les étudiants Erasmus suivent les cours des étudiants locaux et sont donc amenés plus facilement à les rencontrer. Mais dans les seconds, il arrive fréquemment que les cours en anglais soient préparés pour les Erasmus . Ainsi un Erasmus peut suivre deux semestres dans son pays d'accueil sans jamais travailler avec un étudiant du cru. Dans mon cas, à la très sérieuse Université des Sciences Sociales de Ljubljana (FDV), une loi votée par le Parlement slovène à la base bien pensée, destinée à protéger la langue nationale, imposait aux professeurs qui dispensaient des cours en anglais d'offrir la possibilité aux étudiants slovènes de suivre le même cours dans leur langue maternelle sur une autre plage horaire. Résultat, les cours en anglais étaient souvent désertés par les locaux qui, on les comprend aisément, préféraient suivre leur enseignement dans leur langue. Si tous les pays ne fonctionnent pas sur ce modèle, le résultat est très similaire partout où les cours ne sont pas donnés dans la langue du pays.
Les grands pays européens qui dispensent les cours dans leur langue nationale aux locaux comme aux Erasmus imposent en général à ces derniers une attestation de niveau de langue. Ainsi les étudiants savent manier l'outil de base de leur intégration. Mais dans les pays de l'Est ou les pays Scandinaves, malgré des cours de langue locale subventionnés par l'UE, les Erasmus, qui ne sont pas forcés de suivre ces cours, n'acquièrent qu'une connaissance partielle et insuffisante de la langue locale, limitant leurs chances de s'intégrer. Et quand je parle d'intégration, je pense ici à l'intégration aux étudiants locaux, qui est déjà un échec. Evoquer l'intégration à la société dans son ensemble serait hors-sujet : il faut savoir de quoi l'on parle. Les Erasmus restent 4 à 10 mois à l'étranger, quand l'intégration à une société étrangère demande plusieurs années.
Alors les raisons de cet isolement sont partagées. Les structures d'accueil sont en partie responsables, mais pas seulement. L'état d'esprit de la communauté Erasmus est également un facteur majeur de ce fort communautarisme caractérisé par une intégration très forte en interne, et un décalage net entre la communauté et le contexte social. C'est indéniable, et tous ceux qui comme moi l'ont vécu peuvent en témoigner, parmi les Erasmus règnent l'ouverture, l'envie d'aller vers l'autre, le désir du multiculturalisme, et donc nécessairement une grande tolérance. Les profils sociaux-culturels sont pourtant très divers entre une polonaise boursière d'Etat et un étudiant hollandais ou norvégien, citadin, au niveau de vie élevé. Mais le dialogue s'installe. L'étiquette "Erasmus" agit comme un désinhibant. Les très nombreuses soirées, soit organisées, soit informelles, répondent donc aussi à un esprit festif affûté qui s'accommode très bien de cette recherche permanente de l'autre.
Mais aux bornes de la communauté, la magie n'opère plus. La profusion de bons sentiments passe peu au dehors de ses frontières. Nombreux sont les Erasmus revenant de leur séjour avec très peu de connaissances linguistiques, historiques ou culturelles sur l'endroit où ils ont vécu. Une minorité d'entre eux, lorsqu'ils ont séjourné dans un pays où la langue n'était pas celle de leur enseignement, rentre en gardant des contacts avec des locaux.
Comment faire pour changer ça ? Il me semble que les associations étudiantes ont un rôle très important à jouer dans l'intégration des Erasmus au reste des étudiants et, peut être, au reste de la société. En organisant non plus seulement des évènements destinés aux Erasmus, mais au contraire en gardant les thèmes forts du multiculturalisme, de l'Europe et de l'échange, ouvrir toutes les manifestations culturelles ou festives aux étudiants locaux. Le tissu associatif est dense, partout en Europe, autour des universités et des campus, et ce quelque soit le niveau de richesse et de développement du pays. Il faut arriver à intégrer cette dimension au programme Erasmus, favorisant l'engagement associatif des étudiants étrangers. On peut imaginer qu'un étudiant Erasmus reçoive des crédits ECTS (le système de notation universitaire qui, après harmonisation européenne, a permis les échanges et les équivalences au sein de l'UE) pour du temps passé au sein d'une association, pour sa participation à un projet.
Pour tout ceux qui ont participé à l'aventure Erasmus, nous savons que la partie académique est loin d'être, in fine, ni la plus enrichissante, ni la plus mémorable. Alors pourquoi ne pas élargir l'allocation des ECTS à ce qui fait l'essence d'Erasmus (non, je ne parle pas des soirées alcoolisées), l'échange, le dialogue, l'ouverture d'esprit ?
Bodum
3 commentaires:
Salut Laurent!
J'ai parcouru ton blog ce matin et c'est vraiment bien, super intéressant! J'y reviendrai au fil des mise à jour. Même si je n'étais pas une vraie Erasmus, c'est tout comme, et je peux dire que je suis d'accord avec ce que tu dis dans ton article. Plus d'échange, moins de communautarisme! Au plaisir de te lire ou mieux, qu'on se revoit pour une vraie jasette :) xxx
salut,
Je suis actuellement en séjour erasmus, à Wroclaw (pologne), et je me retrouve totalement dans tes propos. La grande majorité des étudiants erasmus sont regroupés au sein d'une même cité U, les cours sont en anglais et conçus que pour nous. En fait, nous avons très peu de contact avec nos homologues polonais.Pour ses derniers, nous sommes plus une "bande de sales branleurs bourré H24 et plein aux as" (le montant des bourses est assez interesant)qu'autre chose. Il est vrai que le niveau des études en Pologne est relevé et qu'on doit sacrément leurs "péter les c.." en organisant des fêtes bruyantes tout le temps.De plus, je ne croule pas sous le poids du travail , j'ai moins de 10 h par semaine.Le plus improbable: les conditions d'évaluations, pour certains cours,seul une présence régulière est requise( dans les faits, l'appel n'est pas sytématique)pour obtenir 3 ECTS, pour les autres,un exposé "copié-collé" sur wikipédia ou un exam' "recopiage de notes" suffit, et hop, 6 ECTSde plus dans la poche.
Le pire, c'est que dans la plupart des cas, on peut demander aux profs de réhausser nos notes, si on les trouvent trop basses et ils le font!
Pour en revenir ,à cette notion de "communautarisme", il est vrai que, malgré la mise en place de cour de polonais, la plupart des erasmus(et malheureusement, j'en suis) se sont contenter d'apprendre le minimum vital, avant d'abandonner. Ne nous jeter pas la pierre trop vite,le fait d'étudier en anglais avec les même personnes, de vivre avec ses même personnes,de fréquenter les même lieux...bref de s'être reconstruire un environement social dans lequel on se sent intégrer, n'incite pas à tout reprendre à zéro et aller aux contacts des "autochtones". Pourtant, il ne faut pas généraliser , je ne vis pas retiré dans ma tour d'argent, il m'arrive de nouer des contacts (autour d'un verre, la plûpart du temps) avec des polonais (mais en anglais !!!). Un dernier contre-exemple mon colloc' déménage demain, pour un appart privé: il voulait absolument profiter de son séjour pour améliorer ses connaisances sur la culture locale. Il partage son nouveau logement avec 3 polonais.
S.J
Hello laurent
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